La réponse courte
Oui, plusieurs études contrôlées montrent que colorier fait baisser l'anxiété à court terme, en particulier avec des motifs structurés comme les mandalas ou les motifs géométriques. Les effets sont modestes, mesurés surtout chez des étudiants et juste après la séance : le coloriage aide à décompresser, il ne remplace pas une prise en charge de l'anxiété.
Le coloriage pour adultes s’est vendu par millions avec l’étiquette « anti-stress ». L’étiquette est-elle méritée ? La recherche existe, elle est plus mince qu’on ne le croit, et ses résultats sont plutôt encourageants. Voici ce qu’elle dit vraiment, étude par étude.
Les études principales, en un tableau
| Étude | Participants | Ce qui a été comparé | Résultat |
|---|---|---|---|
| Curry et Kasser, Art Therapy, 2005 | 84 étudiants | Colorier un mandala, un motif écossais, ou dessiner librement, après une tâche qui fait monter l’anxiété | L’anxiété baisse avec le mandala et le motif écossais, pas avec le dessin libre |
| van der Vennet et Serice, Art Therapy, 2012 | Adultes, réplication | Mêmes conditions que Curry et Kasser | Le mandala réduit davantage l’anxiété que le motif écossais ou la feuille blanche |
| Eaton et Tieber, Art Therapy, 2017 | 85 étudiants | Colorier en choisissant ses couleurs ou en recopiant un modèle colorié | L’anxiété est plus basse après la séance ; le choix des couleurs change peu le résultat |
| Flett et al., Creativity Research Journal, 2017 | 104 étudiantes | Colorier chaque jour pendant une semaine ou faire des casse-tête logiques | Moins de symptômes dépressifs et d’anxiété dans le groupe coloriage seulement |
| Mantzios et Giannou, Frontiers in Psychology, 2018 | 88 puis 72 étudiants | Mandala sans consigne contre dessin libre, puis mandala guidé comme une méditation | Pas d’effet du mandala seul dans la 1re expérience ; le coloriage guidé réduit l’anxiété dans la 2e |
| Holt et al., Art Therapy, 2019 | 47 puis 52 étudiants | Séance de coloriage contre activité témoin, chaque participant faisant les deux | Moins d’anxiété, plus de pleine conscience, meilleure attention sélective et plus d’idées originales après le coloriage |
Ce que ces études montrent
Une baisse de l’anxiété à court terme
C’est le résultat le plus solide. Dans la plupart des expériences, les participants se sentent moins anxieux juste après avoir colorié qu’avant, et moins que ceux d’un groupe témoin. L’étude de Holt et ses collègues va plus loin : elle mesure aussi la peur de façon indirecte (par un test implicite) et des performances d’attention, qui s’améliorent après le coloriage.
La structure du motif compte
L’étude fondatrice de Curry et Kasser a comparé trois feuilles : un mandala, un motif écossais (un quadrillage régulier) et une page blanche. Les deux motifs structurés ont fait baisser l’anxiété, la page blanche non. L’hypothèse des auteurs : un motif complexe et régulier capte l’attention et laisse moins de place aux pensées anxieuses. Dessiner librement oblige à décider quoi dessiner, ce qui n’apaise pas tout le monde.
La régularité semble aider
Flett et son équipe ont demandé à des étudiantes de colorier chaque jour pendant une semaine. À la fin, leurs symptômes dépressifs et anxieux avaient baissé, contrairement au groupe qui faisait des casse-tête logiques. Une semaine, c’est court, mais c’est l’un des rares protocoles qui ne s’arrête pas à une séance unique.
Ce qu’elles ne montrent pas
- Un effet durable : presque toutes les mesures sont prises juste après la séance ou après quelques jours. On ne sait pas ce qui reste au bout de plusieurs mois.
- Un effet sur tout le monde : les participants sont surtout des étudiants, souvent des étudiantes, dans des universités anglophones. Les résultats chez les seniors ou les personnes très anxieuses sont peu étudiés.
- Un effet de traitement : le coloriage n’a pas été comparé à une thérapie ou à un médicament. Ce n’est pas de l’art-thérapie, qui se pratique avec un professionnel.
- Un effet automatique : dans la première expérience de Mantzios et Giannou, colorier un mandala sans consigne n’a rien changé par rapport au dessin libre. La manière de colorier semble compter.
Si l’anxiété dure plusieurs semaines ou gêne le sommeil et le travail, parlez-en à votre médecin : le coloriage peut accompagner, il ne soigne pas.
Comment colorier pour en profiter
- Choisissez un motif structuré : mandala, motif géométrique, ou dessin aux zones bien délimitées. C’est la condition qui a le mieux marché dans les études.
- Prévoyez 15 à 20 minutes sans écran, téléphone dans une autre pièce. Le but est que l’attention reste sur la feuille.
- Colorier un peu chaque jour vaut mieux qu’un marathon le dimanche, si l’on s’appuie sur le protocole de Flett.
- Faites attention au geste : la pression du crayon, le sens du trait, la couleur qui remplit la zone. C’est ce que guidait la consigne de pleine conscience qui a fonctionné dans la deuxième expérience de Mantzios et Giannou.
- Ne visez pas le chef-d’œuvre : un coloriage raté reste utile s’il vous a occupé l’esprit vingt minutes.
- Adaptez la difficulté : des zones minuscules quand on est fatigué produisent de la frustration. Notre guide coloriage mandala propose une échelle de niveaux.
Pourquoi un motif structuré apaiserait
Les chercheurs avancent deux explications, sans les avoir tranchées. La première : un motif régulier et complexe occupe juste assez l’attention pour laisser peu de place aux ruminations, sans demander d’effort de création. La seconde : le geste répétitif et lent du coloriage ressemble à certaines pratiques de pleine conscience, où l’on se concentre sur une action simple. Les résultats de Holt et ses collègues, qui mesurent une hausse de la pleine conscience après le coloriage, vont dans ce sens.
Quel livre choisir pour décompresser
Un livre imprimé recto seul évite que les feutres gâchent la page suivante. Le grand format (21,6 × 27,9 cm ou A4) laisse des zones plus larges, plus reposantes. Pour les débutants, un livre de motifs « simples » ou en gros traits vaut mieux qu’un livre très détaillé. Notre page coloriage adulte anti-stress compte plus de 300 livres pour adultes, la plupart entre 7 € et 12,50 €, de 50 à 200 pages, en grand format, en carré 21,6 cm ou en spirale. Pour un motif qui se révèle au fil des numéros, voyez aussi le coloriage magique.
Questions fréquentes
Le coloriage est-il vraiment anti-stress ?
Plusieurs études contrôlées montrent une baisse de l'anxiété juste après une séance de coloriage, surtout avec des motifs structurés. L'effet est modeste et mesuré à court terme.
Combien de temps faut-il colorier pour se détendre ?
Les études testent surtout des séances uniques et courtes ; l'une d'elles a fait colorier les participantes chaque jour pendant une semaine. Un quart d'heure régulier est un bon point de départ.
Mandala ou dessin libre : lequel détend le plus ?
Dans l'étude de Curry et Kasser (2005), colorier un mandala ou un motif régulier a réduit l'anxiété, pas le dessin libre. Une autre étude n'a pas trouvé de différence sans consigne particulière.
Le coloriage peut-il remplacer une thérapie ?
Non. Le coloriage n'a pas été comparé à un traitement de l'anxiété. Il aide à décompresser ; si l'anxiété persiste, consultez un médecin.
Crayons ou feutres pour un coloriage anti-stress ?
Les crayons de couleur permettent des dégradés et un geste plus lent ; les feutres remplissent vite et donnent des couleurs vives. Avec des feutres, choisissez un livre imprimé recto seul.
Sources
- Curry N. A., Kasser T. (2005). Can Coloring Mandalas Reduce Anxiety? Art Therapy, 22(2), 81-85
- van der Vennet R., Serice S. (2012). Can Coloring Mandalas Reduce Anxiety? A Replication Study. Art Therapy, 29(2)
- Eaton J., Tieber C. (2017). The Effects of Coloring on Anxiety, Mood, and Perseverance. Art Therapy, 34(1), 42-46
- Flett J. A. M. et al. (2017). Sharpen Your Pencils: Preliminary Evidence that Adult Coloring Reduces Depressive Symptoms and Anxiety. Creativity Research Journal, 29(4), 409-416
- Mantzios M., Giannou K. (2018). When Did Coloring Books Become Mindful? Frontiers in Psychology, 9:56
- Holt N. J., Furbert L., Sweetingham E. (2019). Cognitive and Affective Benefits of Coloring: Two Randomized Controlled Crossover Studies. Art Therapy, 36(4), 200-208